États-Unis : démocrates en déroute

En Géorgie, le parti, incapable de capitaliser sur l'impopularité du président, vient d'enregistrer sa 4e défaite à une élection partielle depuis janvier.

De l'autre côté de l'Atlantique, le Parti démocrate est dans un état proche de celui du Parti socialiste français, sonné par la défaite, profondément divisé, privé de leader et incapable de se réinventer. Dernier épisode en date de cette descente aux enfers, Jon Ossoff, son candidat à un siège de représentant, a perdu l'élection partielle dans la banlieue d'Atlanta, en Géorgie, alors que les sondages laissaient entendre qu'il avait une chance de l'emporter.

C'est la quatrième élection partielle depuis l'investiture de Donald Trump qui leur file entre les doigts. Le même jour, leur candidat s'est incliné en Caroline du Sud et, auparavant, ils ont perdu au Kansas et dans le Montana. Chaque fois, le parti a essayé d'en faire un référendum contre Donald Trump. Mais rien n'y fait. Malgré le chaos qui règne à la Maison-Blanche, la cote de popularité historiquement basse du président, les scandales, l'affaire russe, l'absence de succès législatif de la nouvelle présidence…, les démocrates n'arrivent pas à séduire l'électorat modéré. La base républicaine reste fidèle au Grand Old Party et au président.

Un siège à 50 millions de dollars

En Géorgie, pourtant, Jon Ossoff était bien placé. Du coup, ce scrutin partiel qui, en général, n'excite guère les foules a suscité une énorme mobilisation. Plus de 50 millions de dollars ont été dépensés par les deux camps, ce qui en fait l'élection à la Chambre la plus chère de l'histoire. La déception des démocrates est d'autant plus grande que les électeurs de cette circonscription sont en majorité aisés et diplômés, une catégorie peu favorable à Trump. Mais, finalement, la républicaine Karen Handel s'est imposée confortablement, avec près de 4 points d'avance, soit quelque 11 000 voix. Ça augure mal de la suite, notamment des chances pour les démocrates de reprendre le contrôle de la Chambre en 2018.

 

À leur décharge, ces quatre circonscriptions votent traditionnellement républicain. Dans le cas de la Géorgie, Karen Handel était une femme politique du cru, alors que Jon Ossoff, 30 ans, n'avait aucune expérience, ne vit même pas dans la circonscription, sans parler de son charisme d'huître. La républicaine a habilement évité de trop s'aligner sur Donald Trump – le soir de sa victoire, elle a remercié « le président des États-Unis » sans dire son nom ! Elle a aussi réussi à mobiliser sa base conservatrice en présentant Ossoff comme un gauchiste patenté.

« Ne plus ressasser 2016 »

Cette défaite a relancé le débat au sein du Parti démocrate, divisé entre une faction modérée et une autre plus radicale, qui a du mal à trouver un message clair et à fixer une stratégie pour reconquérir les électeurs. « Nous devons non seulement montrer pourquoi Donald Trump est une catastrophe pour l'Amérique, mais aussi mettre en avant ce que nous défendons en tant que démocrates, » résume Tom Perez, le président du parti.

Pour l'aile gauche, il faut arrêter de faire du centrisme mou comme Jon Ossoff qui a retenu ses coups contre Trump pour ne pas s'aliéner les républicains modérés. Il y a de la fronde dans l'air. Dès les résultats connus, certains élus ont appelé à un changement de leadership. « Le Parti démocrate a besoin d'une nouvelle génération de leaders – tournés vers l'avenir », a déclaré Seth Moulton, le représentant du Massachusetts, en ajoutant qu'il était temps de ne plus « ressasser 2016 » mais de « proposer une vision pour l'Amérique ».

Les républicains, évidemment, pavoisent, ils ont pourtant eux aussi des soucis à se faire. Certes, ils ont remporté quatre élections partielles, mais avec des scores nettement inférieurs à ceux habituels. En Géorgie, par exemple, Handel s'est imposée avec 3,8 points d'avance, bien moins que les 20 points traditionnels de son prédécesseur Tom Price, nommé ministre de la Santé. Et pourtant, elle a bénéficié elle aussi d'une énorme manne financière. Idem en Caroline du Sud, où, contre toute attente, le républicain a gagné de justesse. « En théorie, aucun de ces scrutins n'aurait dû être serré parce qu'ils se déroulent dans des circonscriptions très à droite », poursuit Tom Perez. De quoi rasséréner un peu les démocrates.

De notre correspondante à Washington, Hélène Vissière
LePoint.fr22 juin 2017

 

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