Corruption en Guinée: Beny Steinmetz livre sa vérité

Beny Steinmetz apparaît sur un grand écran, entouré de deux avocats. Il porte une chemise blanche et un veston gris, les mêmes semble-t-il que ceux qu'il arbore sur une des rares images qu'on voit de lui. Sur cette photo, ses bras gesticulent. Sur l'écran parisien aussi.

Entendre le célèbre milliardaire franco-israélien qui a longtemps résidé à Genève reste peu courant. Il est connu surtout au sujet d'une rocambolesque, et gigantesque, affaire de corruption en Guinée dont les ramifications touchent le canton. Sa société - celle qu'il conseille, dit-il; celle qui porte ses initiales - BSG Resources Ltd (BSGR) aurait triché pour obtenir le droit d'exploiter des gisements dans les montagnes de Simandou, au sud du pays, en 2006. Un trésor prometteur: Simandou abriterait une des plus grosses réserves de minerai de fer au monde.

Trois heures d'audiences

Beny Steinmetz a été entendu pendant trois heures, durant les audiences du CIRDI (Centre international pour le règlement des différends relatifs aux investissements) ce mercredi à Paris, un tribunal arbitral privé dans un procès qui oppose la République de Guinée à BSGR. L'homme se trouve en Israël, c'est donc par écran interposé qu'il a été entendu. Interrogé en tant que témoin, il a juré «dire la vérité, toute la vérité et rien que la vérité». Ses pouvoirs au sein des sociétés du groupe BSG sont, dit-il, «très limités». «Je n'occupe pas la première place au sein de la gestion, je donne mon quelquefois avis», a-t-il dit, interrogé par Laurent Jaeger, un avocat représentant la République de Guinée. L'homme d'affaires dit recevoir une somme forfaitaire entre 500'000 dollars et un million pour ce rôle (on ne sait sur quel laps de temps). Et dans le cadre de la Guinée, a-t-il reçu des honoraires? «Non», répond Beny Steinmetz.

Les audiences du CIRDI peuvent être publiques si les parties sont consentantes, ce qui a été le cas. Mais certaines, basées sur des données confidentielles, se font à huis clos. Le «non» du témoin a été suivi d'un huis clos.

Dix minutes plus tard, la vidéo accessible aux internautes reprenait. Il était alors question de Pentler, une société dormante créée en 2005. BSGR lui avait alors octroyé 17,65% du capital de son antenne en Guinée, «une pratique tout à fait courante» dans le milieu, selon Beny Steinmetz. Selon le camp d'en face, elle aurait pourtant été créée dans le but de corrompre certains agents sur place et d'obtenir le droit d'exploiter un gisement à Simandou. La question a sûrement été abordée, la vidéo du CIRDI, elle, a à nouveau fait une pause. Un huis clos d'une bonne vingtaine de minutes.

Le rôle d'une supposée épouse présidentielle

A la reprise, il était question de Mamadie Touré, une femme proche du pouvoir - la quatrième épouse du président guinéen au moment des faits, feu Lansana Conté, selon certains avocats. Une femme qui aurait bénéficié d'une partie des 19,5 millions de dollars versés par Pentler pour exploiter le gisement de Simandou. «Je ne la connais pas, a dit Beny Steinmetz. J'en ai entendu parler en 2010-11». Un avocat fait allusion à un accord entre Mamadie Touré et BSGR. «Il n'apparaît pas dans la comptabilité de BSGR, c'est un faux, une sinistre plaisanterie», répond Beny Steinmetz. Nouveau huis clos.

Il est question par la suite d'une rencontre entre Mamadie Touré et Frédéric Cilins, un homme d'affaire français. Ce dernier aurait servi d'intermédiaire entre BSGR et la supposée épouse présidentielle et dans la rencontre en question, il aurait cherché à obtenir des documents pour les détruire. Des preuves de la corruption, selon la Guinée. «Cilins n'a pas agi sous mon autorité», réplique Steinmetz.

Après un dernier huis clos, il est question de George Soros. Les avocats de BSGR et de Beny Steinmetz estiment qu'il est victime d'un complot manigancé par le milliardaire américain. Ils ont d'ailleurs porté plainte contre Georges Soros le mois dernier, ils demandent 10 milliards de dollars de compensation. «Soros me voue une haine obsessionnelle depuis notre première rencontre en 1998», explique le milliardaire israélien en répondant à une question de Gabrielle Kaufmann-Kohler, la présidente du Tribunal, une Genevoise.

A l'époque, les deux se seraient affrontés sur un important appel d'offres en Russie. Depuis, «Soros devient fou dès qu'il entend mon nom, il a dépensé des millions pour me détruire en Guinée», a indiqué Steinmetz. «Mais nous sommes Israéliens, nous ne nous laisserons pas faire», a-t-il lâché peu avant que son audition se termine. (TDG)

TribunedeGenève
Le 24 mai 2017

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