France/LENS-LIÉVIN - Henri, lycéen modèle, menacé d’expulsion vers la Guinée

À 16 ans, Henri a dû fuir la Guinée après avoir perdu sa famille, tuée dans un conflit religieux. Arrivé en France par hasard, il s’est battu pour s’intégrer. Aujourd’hui titulaire d’un CAP chaudronnerie, il est scolarisé au lycée Henri-Darras à Liévin. Mais il est maintenant menacé d’expulsion. Témoignage.

«  J’ai déjà perdu mes racines, je suis en train d’en trouver de nouvelles, j’ai peur de tout devoir quitter une nouvelle fois alors que je suis en train de guérir. » Henri a 20 ans mais il a dû grandir plus vite que ses camarades.

À 16 ans, il a vu sa famille mourir sous ses yeux alors qu’un conflit religieux touche son village, en Guinée. Sans ses parents, son frère ou ses sœurs, il doit fuir. Fragile, il est pris en main par un homme malintentionné qui lui donne finalement un faux passeport pour qu’il puisse voyager.

Il grimpe pour la première fois de sa vie dans un avion, tombe malade. «  Je ne savais même pas où j’allais.  » Il débarque en France. Sans rien ; si ce n’est cette peur qui ne le quitte pas. L’adolescent se retrouve à Lille sans qu’il ne puisse expliquer comment. «  Je ne parlais pas français, je mendiais pour manger, les SDF m’aidaient…  »

Quatre ans après, un français parfait

Près de quatre ans après, le jeune homme maîtrise parfaitement la langue de Molière mais les mots ont du mal à sortir. «  Je suis arrivé en janvier, dans le froid, alors qu’il faisait 31-32 degrés dans mon pays. Je dormais dehors, c’est… traumatisant.  »

Une belle étoile va le sortir de la rue en apprenant qu’il est mineur. Henri est alors hébergé dans un foyer à Blendecques, près de Saint-Omer. Là-bas, l’association France terre d’asile prend en charge son dossier. Puis ce sera l’aide sociale à l’enfance, la juge des enfants, la maison du Département Solidarité.

Grâce à un ensemble d’éducateurs, le Guinéen sera scolarisé au lycée Henri-Darras de Liévin en septembre 2014, sept mois seulement après son arrivée en France. Il dévore les bouquins pour appréhender la langue. «  J’ai vite compris qu’il fallait que je travaille, que j’ai un diplôme pour pouvoir rester ici.  »

 

« Je me demande quand la police va venir frapper »

Alors qu’il n’a encore jamais été scolarisé – en Guinée, Henri aidait sa maman guérisseuse – son arrivée à Liévin en a surpris plus d’un. «  Au départ, je disais bonjour à tout le monde, ça les faisait rigoler  », se souvient le jeune homme dans un grand sourire.

La barrière de l’inconnu derrière eux, les camarades de classe d’Henri deviendront très vite ses amis. Les commentaires des professeurs sont élogieux. Henri est représentant du conseil de vie lycéenne. Son implication est totale.

Jusqu’à organiser un voyage en Angleterre pour tous ses copains. Mais lui, ne peut pas y aller. Sans papier, il a interdiction de quitter le territoire. Sa demande d’asile, réclamée à sa majorité, a été refusée. «  C’est une torture parce que j’ai étudié, je ne suis pas une menace pour la société, j’essaye de m’en sortir pour être un homme juste et honnête et… rien.  »

 

« Si tous les élèves travaillaient comme lui... »

Titulaire d’un CAP Chaudronnerie depuis juin 2016, Henri est inscrit pour passer son Bac professionnel l’an prochain, toujours au lycée Henri-Darras. «  J’aimerais faire ensuite un BTS en alternance  », précise le jeune homme.

 

«  Si seulement tous les élèves travaillaient comme lui  », commente un de ses professeurs. « Il est motivé, il n’a pas peur, il y va et il a des promesses d’embauches ! »

 

Sauf que, sans papier d’identité, le Guinéen est forcé de rester à rien faire dans son petit chez lui, dans le centre-ville de Lens.

 

«  Je voudrais travailler, gagner de l’argent pour subvenir à mes besoins et, pourquoi pas, aider les autres aussi.  »

 

Aujourd’hui, il vit dans une petite chambre de bonne qu’il a aménagé en économisant les différentes aides qu’il perçoit. Grâce à l’aide sociale à l’enfance et son statut de jeune majeur, il peut payer son loyer de 350 €. Mais pas d’APL pour lui. Encore une fois, sans titre de séjour, impossible de bénéficier de cette allocation. Il lui reste donc aux environs de 300 € pour la nourriture, les produits d’hygiène, les livres d’écoles…

Pompier volontaire ou réserviste dans l’armée pour aider la France

Son avenir est clairement entre les mains du tribunal administratif. Henri imagine déjà la première chose qu’il fera le jour où sa situation sera régularisée : «  Je m’inscris tout de suite pour être réserviste de l’armée ou pompier volontaire. Je veux vraiment aider la France, je serai prêt à me battre pour ce pays s’il le fallait.  »

Lui qui a déjà sillonné l’hexagone à vélo – notamment pour aller voir la neige pour la première fois de sa vie dans les Alpes – s’est clairement pris d’amour pour le pays des Droits de l’Homme. En espérant que ce dernier le lui rende bien.

Il y a quelques semaines, il a reçu un courrier l’obligeant à quitter le territoire français. «  Parfois, je dors la nuit avec une boule au ventre. Je me demande quand la police va venir frapper. Alors que je n’ai qu’une envie : être un salarié, un citoyen normal, payer mes impôts. J’aimerais être défenseur des valeurs de la France. Maintenant, une partie de moi est française.  »

Par Élodie Rabé
lavoixdunord.fr
Le 16 juillet 2017

 

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