Législatives: majorité très nette pour Macron, mais moins écrasante qu'attendu

Paris (AFP) - Emmanuel Macron a obtenu dimanche une des plus larges majorités parlementaires de la Ve République à l'occasion du second tour des élections législatives, mais moins écrasante qu'annoncée par certains sondages, et avec une abstention qui atteint de nouveaux sommets.

Selon les estimations de plusieurs instituts, la République en marche (REM) et son allié du MoDem s'adjugent de 355 à 360 sièges, très largement au-delà de la majorité absolue de 289 sièges, mais a priori nettement sous la barre des 400 que laissait augurer le premier tour.

Le MoDem de François Bayrou s'adjugerait une quarantaine de sièges au sein de cette majorité et devrait donc former un groupe indépendant.

"Il y a un an, personne n'aurait imaginé un tel renouvellement politique", s'est félicité le Premier ministre Edouard Philippe. Aucune réaction n'est en revanche venue de l'Elysée où Emmanuel Macron avait convié les membres du gouvernement pour la soirée électorale.

Le scrutin est marqué par un nouveau record: celui de l'abstention pour des élections législatives, qui devrait dépasser les 56%. Un record aggravé par rapport au premier tour (51,30%) et qui place ces élections législatives au niveau de scrutins traditionnellement moins mobilisateurs, comme les européennes, les régionales ou les cantonales.

L'alliance entre Les Républicains (LR) et l'UDI obtiendrait entre 128 et 130 sièges, au-dessus de la fourchette espérée à droite après le premier tour. Son chef de file François Baroin a salué un groupe "suffisamment important pour faire valoir les convictions" de la droite.

Le Parti socialiste et ses alliés (PRG inclus) obtiendraient entre 48 et 50 sièges, dont une trentaine pour le PS. Très loin des 284 sièges socialistes de l'Assemblée sortante, mais là aussi moins catastrophique que redouté pour un parti qui craignait même de ne pouvoir constituer un groupe parlementaire (15 personnes minimum).

Une "déroute incontestable", a admis son premier secrétaire Jean-Christophe Cambadélis qui a annoncé son retrait de la direction du parti.

- 3 nationalistes corses élus -

La France Insoumise et le PCF obtiendraient respectivement une vingtaine et une dizaine de sièges, là aussi bien mieux que prévu. Jean-Luc Mélenchon, élu à Marseille, a annoncé dimanche un "groupe parlementaire" LFI, sans évoquer les communistes. Son lieutenant Alexis Corbière et le journaliste François Ruffin feront également leur entrée à l'Assemblée.

Le Front national obtiendrait quant à lui sept à huit sièges et sa présidente Marine Le Pen découvrira le Palais-Bourbon, de même que son compagnon Louis Aliot. Ils y rejoignent Gilbert Collard, réélu dans le Gard. S'il triple le nombre de ses députés, le FN échoue cependant à constituer un groupe parlementaire.

Ce scrutin est également marqué par une première en Corse: l'élection de trois députés nationalistes, Michel Catellani, Jean-Félix Acquaviva et Paul-André Colombani.

L'attention se portait dimanche soir sur le sort de plusieurs personnalités en difficulté comme Manuel Valls à Evry, Najat Vallaud-Belkacem à Villeurbanne (Rhône) ou encore Nathalie Kosciusko-Morizet à Paris, trois jours après avoir été agressée en distribuant des tracts sur un marché.

Plusieurs sortants en situation difficile sont finalement élus: le patron du groupe socialiste Olivier Faure, le communiste André Chassaigne, ou encore Eric Woerth et Eric Ciotti à droite. Protégés par la REM, les anciens ministres Stéphane Le Foll et Sylvia Pinel ou encore le député LR Thierry Solère gardent leurs sièges.

Sont en revanche battus: les anciens ministres Marisol Touraine et Jean-Jacques Urvoas, le chef de file des frondeurs PS Christian Paul, le numéro 2 du FN Florian Philippot.

Les grandes manoeuvres se poursuivront cette semaine chez les grands partis: bureau national mardi et conseil national samedi pour le PS; bureau national pour Les Républicains mercredi, après l'élection de leur président de groupe - l'actuel, Christian Jacob, a été réélu dimanche - et bureau politique du FN mardi.

De son côté, Emmanuel Macron a désormais les mains libres pour appliquer son programme (moralisation de la vie publique, réforme du droit du travail...). Le prochain rendez-vous électoral aura lieu le 24 septembre, avec le renouvellement de la moitié du Sénat, actuellement à droite.

- Assemblée profondément renouvelée -

Comme de tradition après un scrutin législatif, Edouard Philippe devrait remettre lundi ou mardi la démission de son gouvernement et en former immédiatement un nouveau, qui ne devrait pas comporter de grands changements.

Le porte-parole du gouvernement Christophe Castaner, Richard Ferrand malgré les affaires judiciaires, Bruno Le Maire et Annick Girardin ont été élus. Les deux autres ministres en lice - Marielle de Sarnez et Mounir Mahjoubi - étaient en ballotage favorable.

Le Premier ministre prononcera vraisemblablement le 4 juillet sa déclaration de politique générale à l'Assemblée. Si son approbation ne fait aucun doute, le vote des groupes minoritaires sera scruté de près et pourrait ajouter à la majorité, déjà très nette, de nouvelles voix supplémentaires.

Pour cette XVe législature, l'Assemblée sera en tout état de cause profondément renouvelée.

Seuls 222 députés sortants étaient qualifiés pour le deuxième tour et 224 autres sortants ne se représentaient pas, plus du double qu'en 2012.

Les nouveaux parlementaires, dont très certainement un nombre record de femmes, commenceront à arriver mardi au Palais-Bourbon.

Les groupes éliront leur président et le successeur au perchoir du socialiste Claude Bartolone sera élu le 27 juin. En attendant, l'imposant groupe macroniste sera réuni en séminaire le week-end prochain à la présidence de l'Assemblée nationale. A cette occasion doivent être attribués les postes-clés de la nouvelle Assemblée.

Marc PRÉEL, Baptiste PACE

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