Londres - A 95 ans, le prince Philip, « expert en inauguration de plaques », tire sa révérence

Buckingham a annoncé jeudi que l’époux de la reine Elizabeth II prendrait sa retraite à l’automne.

A 95 ans, le prince Philip, époux de la reine Elizabeth II, va prendre sa retraite. Le palais de Buckingham a annoncé jeudi 4 mai au matin que le duc d’Edimbourg cesserait à l’automne d’accomplir la tâche qui est la sienne depuis plus de soixante-cinq ans : assister à des événements publics, ces inaugurations, galas de charité et autres visites où il représente la famille royale et accompagne souvent la reine dont il est l’époux depuis 1947. « Son Altesse royale le duc d’Edimbourg a décidé de ne plus honorer d’apparitions publiques à partir de l’automne de cette année », a annoncé le Palais dans un communiqué, ajoutant que le prince Philip avait « le soutien entier » de la reine, qui vient de fêter ses 91 ans en avril.

Cette dernière, pour sa part, continuera d’exercer ses fonctions officielles « avec le soutien des membres de la famille royale », précise Buckingham. Le prince n’acceptera plus de nouvelles invitations, mais il pourra choisir d’assister à certains événements « de temps en temps ».

5 493 discours au cours de sa carrière

Le nombre d’événements publics auxquels assistent les membres de la famille Windsor est considéré par les Britanniques comme un indicateur de leur activité et tenu pour un baromètre de leur légitimité, aussi bien comme acteurs de multiples associations philanthropiques qu’en tant que pièces maîtresses du « soft power » britannique à l’étranger.

 

La presse, qui tient un compte précis de ces activités, indique que le duc d’Edimbourg, qui doit fêter ses 96 ans le 10 juin, a honoré 184 « engagements » au Royaume-Uni en 2015-2016, soit davantage que les princes William et Harry réunis, au point de « faire honte à la jeune génération », selon le Daily Mail. Le prince Philip, qui préside, parraine ou adhère à 780 associations, a déjà réduit son activité depuis qu’il a atteint 90 ans. Il s’est néanmoins rendu à Malte et en Allemagne en 2015. Au total, a calculé Peter Hunt, le « correspondant royal » de la BBC, le duc d’Edimbourg a participé à 22 191 événements publics en solo, effectué 637 visites à l’étranger et prononcé 5 493 discours au cours de sa carrière de prince consort.

Quant à la reine elle-même, elle passe progressivement la main à son fils Charles, héritier de la couronne, mais participe tout de même à 300 événements publics par an.

Rumeur de décès pendant la nuit

L’annonce a été précédée par une folle nuit de rumeurs sur Internet, suscitées par un article du Mail on line publié après minuit, annonçant que le personnel de toutes les résidences royales du pays, Ecosse comprise, avait été inopinément appelé à assister à une réunion d’urgence ce jeudi à Buckingham par le grand chambellan, le plus haut officier d’Etat du château. La rumeur d’un décès du prince a été si forte que le Sun, pensant probablement prendre son concurrent de vitesse, l’a annoncé avant de retirer l’article titré « Le prince Philip meurt à 95 ans. Comment le duc d’Edimbourg est mort ».

En début de matinée, Buckingham Palace a fait savoir, via Peter Hunt, que la réunion surprise prévue à 10 heures n’avait pas pour ordre du jour la santé de la reine ni celle de son époux. La non mise en berne de l’étendard royal qui indique la présence de la souveraine était aussi citée comme un signe rassurant. Si le pays s’attend à la disparition de la reine, chef d’Etat, et de son époux, cette perspective est quasi taboue dans les conversations. Ce matin, la BBC n’a pas évoqué les rumeurs de la nuit avant la diffusion des informations officielles.

« Meilleur expert en inaugurations de plaques du monde »

 

Le couple royal reste très présent dans l’actualité nationale. Mercredi, la reine a reçu la première ministre Theresa May pour marquer la dissolution du Parlement avant les élections législatives anticipées du 8 juin. Le même jour, le prince Philip a inauguré de nouvelles tribunes au Lord’s Cricket Ground, un stade de cricket situé dans le quartier de St. John’s Wood, dans le centre de Londres. Arborant la cravate orange et jaune vif du MCC, son propre club, et dévoilant une plaque commémorative, il a gratifié les participants de l’une de ses blagues usées et désabusées favorites : « Vous allez voir le meilleur expert en inaugurations de plaques du monde ».

Comme pour montrer qu’il s’active sans désemparer avant sa retraite, le prince Philip, accompagné de la reine, devait assister jeudi à un service religieux pour les membres de l’ordre du mérite à la chapelle royale de St James’s Palace, avant de présider un déjeuner pour ses hôtes.

Philippe Bernard (Londres, correspondant) 

Correspondant au Royaume-Uni - lemonde.fr
Le 5 mai 2017

Écrire commentaire

Commentaires : 0