Migrants à Calais: le Défenseur des droits dénonce des atteintes "d'une inédite gravité"

Paris (AFP) - Après les associations d'aide aux migrants, le Défenseur des droits Jacques Toubon s'est à son tour mercredi inquiété d'atteintes aux droits "d'une exceptionnelle et inédite gravité" à Calais (Pas-de-Calais), où les pouvoirs publics empêchent toute réinstallation de campement.

M. Toubon, qui a plusieurs fois déjà déploré la situation des migrants dans la région de Calais, a haussé le ton après une visite de ses services sur place lundi, parlant de "conditions de vie inhumaines", voire de "traque", et exhortant les pouvoirs publics à "ne pas s'obstiner dans ce qui s'apparente à un déni d'existence des exilés".

Ces inquiétudes font écho à celles des associations, qui dénoncent depuis plusieurs semaines des "entraves répétées" et un durcissement des forces de l'ordre à l'égard des migrants revenus à Calais après le démantèlement de la "Jungle" en octobre.

"Nous espérons que cette parole qui fait autorité incitera les autorités à cesser ce déni d'existence", a affirmé à l'AFP Vincent de Coninck du Secours catholique, tandis que Christian Salomé, de l'Auberge des migrants, déplorait que le nouveau gouvernement ait "continué la politique précédente" avec "un discours assez dur sur les migrants".

"Il n'y a pas de violences policières", a de son côté affirmé à l'AFP la maire LR de Calais, Natacha Bouchart, en appelant Jacques Toubon à "défendre les 100.000 Calaisiens qui attendent qu'on leur rende le respect de leur ville au quotidien". "M. Toubon ne connaît pas le sujet", a-t-elle ajouté.

Soulignant que "la volonté de ne plus voir de migrants à Calais conduit à ce que plus aucun abri ne soit toléré", le Défenseur note, lui, qu'"entre 500 et 600" personnes, dont des mineurs, "dorment à même le sol", et se disent "traqués jour et nuit dans plusieurs sous-bois de la ville".

Ils sont "dans un état d'épuisement physique et mental", et "ne peuvent pas se laver, ni même boire" puisque tous les points d'eau ont été supprimés, note-t-il.

Pour les repas, "une seule distribution associative est tolérée le soir", ce qui "ne permet pas de nourrir tous ceux qui le souhaiteraient".

"Les autres sont empêchés par les forces de l?ordre, au motif de "consignes préfectorales"", ajoute M. Toubon, qui déplore que les associations soient "entravées et menacées" lorsqu'elles tentent de mettre en ?uvre des dispositifs "qui devraient l'être par les pouvoirs publics" (douches, repas...).

Les distributions de repas sont "limitées dans l?espace et dans le temps pour ne pas conduire à la réapparition de points de fixation", explique de son côté la préfecture du Pas-de-Calais, pour qui la police fait son travail "avec discernement et professionnalisme".

- Femmes et enfants -

Jacques Toubon déplore par ailleurs l'"impact particulier sur les femmes et les enfants". Les femmes, dit-il, "ne bénéficient plus d'aucune structure dédiée" depuis le démantèlement du bidonville et de ses structures annexes, et sont "susceptibles de faire l'objet de viol et d'exploitation sexuelle".

Il déplore aussi "qu'il ne soit plus possible de déposer une demande d'asile dans la ville": après le démantèlement de la "Jungle" où s'entassaient entre 7.000 et 10.000 personnes, selon les estimations, le guichet exceptionnellement installé à Calais a été transféré à la préfecture de Lille.

Aussi Jacques Toubon dresse-t-il une liste de demandes: "fin de cette sorte de traque", "autorisation des distributions de repas", "mise à l'abri des mineurs"... mais aussi "mise en place d'un lieu" où les migrants puissent se reposer.

C'est l'une des demandes récurrentes des associations, qui n'ont pas oublié une promesse en ce sens faite en novembre par Bernard Cazeneuve, alors ministre de l'Intérieur. Mais le gouvernement avait rapidement mis l'accent sur la nécessité d'"éviter la reconstitution de campements d'infortune".

Une ligne poursuivie par le nouveau ministre de l'Intérieur, Gérard Collomb: "Notre priorité, c'est que Calais et le Dunkerquois ne demeurent pas des lieux de fixation et que les "jungles" ne s'y reconstituent pas", avait-il affirmé au Parisien début juin.

"Les personnes qui demandent l'asile ont évidemment vocation à être prises en charge", mais "celles qui sont en situation irrégulière doivent être éloignées", avait-il ajouté, annonçant l'envoi immédiat de "plus de 150 policiers et gendarmes".

Claire GALLEN, Claire GALLEN, avec Baptiste BECQUART à Lille
AFP
Le 15 juin 2017

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