Premier tête-à-tête Macron-Poutine sous les ors de Versailles

VERSAILLES, Yvelines - Emmanuel Macron a accueilli lundi à Versailles Vladimir Poutine pour l'inauguration d'une exposition marquant les 300 ans des relations franco-russes, l'occasion de redonner souffle au dialogue entre les deux pays après cinq ans de crispations diplomatiques autour des dossiers syrien et ukrainien.

Le chef de l'Etat français a descendu le perron de la cour de marbre du château de Versailles (Yvelines) pour échanger une poignée de mains avec son homologue russe à la sortie de sa voiture, sans aucune déclaration de part et d'autre.

"Dialogue et exigence", a écrit Emmanuel Macron quelques minutes plus tard sur son compte Twitter.

Quatre jours après son entretien avec son homologue américain Donald Trump, cette première rencontre avec le chef de Kremlin constitue un nouveau test pour le chef de l'Etat, considéré pendant la campagne comme un novice en matière de politique étrangère à l'exception de l'Europe.

"Je considère qu'il est indispensable de parler avec la Russie parce qu'il y a nombre de sujets internationaux qui ne se règleront pas sans avoir un échange exigeant avec les Russes", a déclaré le chef de l'Etat français à l'issue du sommet du G7 de Taormine (Italie), évoquant la Syrie et l'Ukraine.

Pour Manuel Lafont Rapnouil, directeur de l'European Council on Foreign Relations (ECFR) à Paris, les deux dirigeants pensent que "le facteur personnel joue un rôle important".

"A Versailles, leur objectif est donc avant tout d'apprendre à se connaître, d'établir une relation personnelle, il ne devrait donc pas y avoir, sauf surprise, de percée" dans les dossiers en cours, indique-t-il à Reuters.

A Moscou comme à Paris, le mot d'ordre pour cette rencontre de quelques heures, est le même : la franchise.

"C'est l'occasion de parler franchement et d'avoir une meilleure idée l'un de l'autre", a souligné la semaine dernière Youri Ouchakov, conseiller de Vladimir Poutine, précisant qu'il s'agissait avant tout "de faire connaissance".

Au-delà des crises internationales et de la coopération bilatérale, le chef de l'Etat devrait également, selon son entourage, aborder la question des droits de l'homme ainsi que la situation des homosexuels en Tchétchénie, où des cas de torture et d'arrestations ont été rapportés.

RENCONTRE DÉLICATE

La rencontre s'annonce délicate au vu des divergences sur les grands dossiers internationaux et de la ligne dure adoptée par Emmanuel Macron pendant la campagne.

"Contrairement à d'autres, je suis en mesure de me faire respecter par Vladimir Poutine car ne j'ai pas de dette à l'égard de la Russie dans cette campagne où des interférences inacceptables ont d'ailleurs eu lieu", déclarait en avril le candidat d'En Marche ! en référence aux cyberattaques ayant visé son équipe et qui ont été imputées à la Russie.

A 39 ans, le nouveau chef de l'Etat hérite de relations franco-russes qui se sont considérablement dégradées ces dernières années, sous l'effet des sanctions européennes adoptées contre Moscou après l'annexion de la Crimée en 2014, et de l'annulation de vente des deux navires de guerre Mistral.

La dernière visite prévue de Vladimir Poutine à Paris en octobre dernier avait dû être annulée en raison des différends sur le conflit en Syrie, où la Russie bombardait les quartiers rebelles d'Alep, faisant de nombreuses victimes civiles.

PREMIER PAS

L'arrivée d'Emmanuel Macron, dont le "sherpa" Philippe Etienne est considéré comme un fin connaisseur de la Russie, pourrait-elle changer la donne ?

"Lors du précédent quinquennat, il y avait un dialogue, très nourri et portant sur plein de sujets mais il n'a pas permis de déboucher sur quelque chose", souligne Manuel Lafont Rapnouil.

"Là, nous entrons dans un nouveau quinquennat, il y a quelque chose à construire. Les Russes ont besoin d'avoir une bonne relation avec l'Europe, le fait que Vladimir Poutine se déplace montre qu'il est aussi en demande."

A quelques jours de la rencontre, l'ambassadeur de Russie en France Alexandre Orlov a fait savoir que la Russie était prête à "faire le premier pas" avec le nouveau président français.

"Il faut surmonter la méfiance réciproque qui s'est installée ces dernières années", a-t-il dit dans Challenges. "Dans l'immédiat, essayons de réapprendre à travailler ensemble, à dialoguer, à se respecter mutuellement, à rechercher des solutions, au lieu de camper sur des positions intransigeantes."

Parmi les points de crispation entre les deux pays, la question de la Syrie - où Moscou soutient militairement Bachar al Assad dont Paris réclame le départ - et le conflit en Ukraine où Moscou est accusé d'appuyer des combattants séparatistes.

Si Emmanuel Macron s'en tient à la ligne de François Hollande dans le conflit ukrainien - pas de levée des sanctions sans application des accords de Minsk - le chef de l'Etat a pris ses distances pendant la campagne sur le dossier syrien.

(Edité par Yves Clarisse)
par Marine Pennetier et Michel Rose
Reuters
Le 29 mai 2017

 

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