Pour le compositeur Mohammed Fairouz, Trump est tout dans l'apparence

New York (AFP) - Pour Mohammed Fairouz, les experts en politique ont tout faux sur Donald Trump: le compositeur qui sait si bien allier poésie et politique dans sa musique estime être mieux à même de comprendre le président américain, qui est tout dans l'apparence.

"Les dingues de politique ne comprennent pas vraiment Donald Trump, contrairement aux gens qui viennent de l'industrie du divertissement", estime M. Fairouz à l'occasion d'un entretien avec l'AFP dans sa maison new-yorkaise.

Avec son passé dans la télé-réalité, le milliardaire républicain est "tout dans l'apparence" même quand il prend des décisions contestées.

La dernière création du compositeur américain de 31 ans, "The New Prince", sera jouée pour la première fois le 24 mars à l'Opéra national des Pays-Bas. Un opéra qui réinvente un Machiavel contemporain et sa philosophie selon laquelle "la fin justifie les moyens".

Le prince italien y côtoie ici notamment des figures comme l'apôtre de la realpolitik Henry Kissinger.

Mais, interrogé pour savoir si Donald Trump pourrait faire l'objet d'un futur opéra, Mohammed Fairouz répond sans hésitation: non !

L'opéra "est un moyen d'aller au-delà du présent trouble pour toucher à des choses intemporelles et éternelles, c'est très différent de tous les commentaires quotidiens éphémères et des informations en continu", souligne M. Fairouz.

"Je pense que Donald Trump vit dans cet éphémère. Mais quand il disparaîtra et ne sera plus capables de générer les gros titres, son pouvoir aura échoué", ajoute-t-il.

L'artiste estime en revanche totalement erronées les rapprochements de certains, qui comparent M. Trump à Adolf Hitler.

- 'Un symptôme' -

Selon lui, il serait plus adéquat de comparer le président américain avec des maîtres de l'image, comme l'Argentine Eva Peron ou le dictateur pakistanais Muhammad Zia-ul-Haq.

Mais ce dernier savait ménager les services secrets et les militaires, des rangs desquels il était sorti, note Mohammed Fairouz, dont les prochains projets comprennent notamment un opéra sur les morts violentes des membres de la famille des dirigeants pakistanais Bhutto.

"Zia était capable, jusqu'à un certain point, de s'accrocher au pouvoir en s'effaçant: "Je suis votre humble serviteur". Je ne pense pas que Trump puisse faire ça", reprend le compositeur new-yorkais.

Mohammed Fairouz, qui avait soutenu Hillary Clinton à la présidentielle, reste en première ligne contre le président. Il a par exemple apporté son aide à des voyageurs retenus à cause du décret anti-immigration de Donald Trump, fin janvier, qui interdisait l'entrée aux Etats-Unis aux ressortissants de sept pays à majorité musulmane.

"Il n'est pas la maladie, il est plutôt le symptôme", dit M. Fairouz de Donald Trump, estimant que le milliardaire n'est que la tête de pont d'une droite américaine anti-intellectuelle.

A certains égards, l'Amérique est un terreau fertile pour les approximations et mensonges de Donald Trump puisque le pays "a été construit en effaçant le passé".

"Quand les gens sont arrivés ils ont dit: "Cela ne nous convient pas, cela ne nous convient pas donc on va tout raser et reconstruire comme on veut". Et, pour le meilleur ou pour le pire, cela fait partie de l'identité du pays", reprend-il.

Malgré toutes ses critiques, Mohammed Fairouz pense que le président Trump a un moyen de triompher: "La seule chose qu'il pourrait faire pour nous choquer, c'est de prendre la présidence au sérieux", conclut-il.

 

Shaun TANDON

Le 10 mars 2017

 

Écrire commentaire

Commentaires : 0