CAFE LITTERAIRE - POUR UNE AFRIQUE UNIE ET SOLIDAIRE : Cheikh Hamidou Kane mise sur la jeunesse

Réaffirmant l’urgence de l’unité du continent africain pour peser sur les grandes décisions dans le monde, l’écrivain Cheikh Hamidou Kane a appelé le weekend dernier, la jeunesse à prouver que l’Afrique n’est pas une société statique, mais qu’elle bouge et qu’elle a beaucoup apporté à l’Europe. C’était lors d’un café littéraire organisé à l’Institut français de Dakar.
Cheikh Hamidou Kane, l’auteur de l’Aventure ambiguë est formel : «L’Afrique n’est pas une société statique, elle est un continent qui bouge. Mieux, elle a beaucoup apporté au monde et à l’Occident en particulier.» Il l’affirmait lors du café littéraire organisé le weekend dernier sur son œuvre. Et, pour illustrer ses propos, M. Kane est remonté loin dans le temps, c’est-à-dire pendant la traite négrière et la période coloniale, pour rappeler : «Ce sont les Noirs originaires de l’Afrique qui ont permis l’avènement de la révolution industrielle en Occident. Ils ont fourni la force du travail dans les champs de coton. Et, c’est ce qui a permis l’accumulation primitive du capital et la révolution industrielle en Europe.»

Selon l’auteur de l’Aventure Am?biguë, «on a utilisé les ressources afri?caines et  fait travailler les Afri?cains de force, sans rémunération aucune pour le développement des industries en Europe». Il trouve alors injuste que les Occidentaux refusent aujourd’hui, d’appliquer les règles du commerce équitable, ce qui som?me toute, serait à son avis responsables des problèmes de l’Afrique. «Nous produisons de l’arachide, ils l’achètent au prix qu’ils veulent, le transforment pour en faire de l’huile, et venir nous le revendre à prix d’or. C’est une règle qui n’est pas juste», fait constater Cheikh Hamidou Kane qui prédit que bientôt, tout cela ne serait qu’un mauvais souvenir. Puis?que poursuit-il, «les choses sont en train d’évoluer dans le bon côté. Et les signes de ce changement salutaire sont perceptibles».

Selon M. Kane, il appartiendra à la jeunesse africaine de relever ce défi de changement. «Le continent africain est riche de sa population jeune et sera bientôt l’une des plus grosses démographies du monde. Aussi, il contient d’énormes  ressources éner?gétiques, agricoles, hydrauliques dont le monde entier a be?soin», a relevé l’auteur des Gardiens du temple qui pense pour cette raison que dans quelques années, «le monde ne va plus venir prendre en Afrique, ses richesses au prix qu’il veut. Les choses vont changer et sont déjà en train de changer». Pour preuve, l’intellectuel sénégalais évoque les récents évènements en Tunisie puis en Egypte, pour estimer que «le fait que ce sont les jeunes qui  sont au devant pour se débarrasser des dictatures, est assez révélateur de ce changement à venir». «La jeunesse désespérée n’a plus rien à perdre ; au contraire elle a tout à gagne», a aussi indiqué Cheikh Hamidou Kane, qui refuse toutefois d’être naïf.

Bien que très optimiste sur l’avenir du continent, qui serait selon lui, «sur la bonne voie», l’enfant de Sadel (Podor) pense que certains préalables sont d’abord nécessaires. «Pour que l’Afrique prenne toute la place qui est la sienne, il faut qu’au moins deux conditions soient remplies : l’union du continent africain et l’introduction des valeurs traditionnelles endogènes dans l’enseignement», a défendu Cheikh Hami?dou Kane. La première condition de dé?veloppement de l’Afrique, «c’est l’unité économique et politique du continent», a-t-il précisé. Non sans ajouter qu’«à la place des 54 Etats qui constituent aujourd’hui le continent, il faut qu’on ait des Etats unis ou tout au moins, un Etat confédéral», puisque «certains Etats sont si petits qu’ils ne font pas le poids devant les multinationales qui exploitent le pétrole ou l’uranium», s’est indigné l’ancien ministre du régime socialiste. Et pour convaincre les plus sceptiques de cette nécessité d’unir l’Afrique, l’écrivain rassure : «Le fait de créer les Etats-Unis d’Afrique n’enlèvera pas aux Etats leur souveraineté. On a vu le pouvoir qu’a un Etat comme la Californie aux Usa. Ce qui manque en Afrique, c’est le pouvoir fédéral.»

Pour finir son intervention, Cheikh Hamidou Kane demande également que soit «changée la méthode de formation. Ce qui est enseigné dans les écoles et universités pour y inclure nos connaissances, nos cultures, nos valeurs traditionnelles endogènes dans ce qu’elles ont de progressiste d’une part, et d’autre part pour y introduire l’enseignement des sciences et techniques». C’est à ce seul prix, croit-il savoir, que «l’Afri?que va intégrer le concert des grandes Nations».

 

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