Sincères félicitations, Monsieur le Premier Ministre. Par Elhadj Macky LY

Sincères félicitations, Monsieur le Premier Ministre.

Mais gardez-vous du triomphalisme.

L’histoire politique guinéenne nous enseigne une vérité implacable : l’euphorie du pouvoir précède toujours la désillusion.

Pourquoi parler de chance ?

Parce que, pour la première fois, un Premier ministre guinéen n’a pas à chercher sa voie.

Elle lui est tracée.

Non par improvisation ou opportunisme, mais parce que son Mandant a déjà défini la ligne.

C’est un luxe historique.

Tous les pouvoirs guinéens ont connu leur moment de grâce — cet instant fugace où tout semble possible, où les promesses s’envolent, libres et enthousiastes.

Puis vient la réalité. Brutale. Implacable.

              ∙            Sékou Touré et son « sitôt prononcé, aussitôt vécu » : l’incantation prise pour la construction.

              ∙            Alpha Condé promettant de reprendre la Guinée là où Sékou l’avait laissée. Mais Lansana Conté avait déjà livré les clés aux mêmes fossoyeurs de rêves. En voulant enjamber un puits, Alpha est tombé dans un gouffre.

              ∙            Mamadi Doumbouya, arrivé le 5 septembre avec un message angélique porteur d’espoir. Il a peiné à sortir d’une transition devenue trop longue, au forceps. Monsieur Bah Oury l’avait pourtant enseigné : les transitions qui s’éternisent ne réussissent jamais.

Nous en sommes sortis — Alhamdoulilah.

Et je crois sincèrement que la main tendue du Président Doumbouya aujourd’hui porte la même authenticité que l’appel fondateur du 5 septembre.

Le véritable chanceux dans cette équation, c’est Monsieur Bah Oury.

Parce qu’il sait exactement ce qu’il doit faire.

Parce qu’il n’a aucune excuse pour ne pas le faire.

Sa feuille de route est limpide :

              ∙            Réitérer publiquement, sans ambiguïté, la main tendue du Président à tous les Guinéens

              ∙            Abandonner les discours d’auto-célébration sur les quatre dernières années

              ∙            Reconnaître, avec l’humilité qui sied aux responsables, que certains engagements présidentiels n’ont pas pu être honorés

              ∙            Tourner définitivement la page du passé

              ∙            Consacrer toute l’énergie gouvernementale aux engagements du Président envers les femmes et la jeunesse

L’état des lieux ne laisse aucune place à l’hésitation.

Les femmes guinéennes :

              ∙            Activité économique formelle : 12–15 % (les 85 % restantes survivent dans l’informel précaire)

              ∙            Accès au crédit bancaire : 6–8 %

              ∙            Alphabétisation : 35–42 % (contre 65–70 % pour les hommes)

              ∙            Mortalité maternelle : 550–650 pour 100 000 naissances (l’un des taux les plus élevés au monde)

              ∙            Représentation dans les instances décisionnelles : moins de 20 %

La jeunesse guinéenne (15–35 ans) :

              ∙            Taux de chômage : 38–42 %

              ∙            Jeunes hors du système (ni emploi, ni école, ni formation) : 35–40 %, soit environ 2,7 millions de jeunes

              ∙            Accès à une formation professionnelle qualifiante : 5–7 %

              ∙            Nouveaux arrivants chaque année sans solution : environ 350 000 jeunes

Le coût de l’inaction :

Le sous-emploi massif des femmes et de la jeunesse ampute le PIB guinéen de 6 à 8 % chaque année.

Ce n’est pas qu’un problème social.

C’est une hémorragie économique.

C’est une bombe politique à retardement.

C’est une faillite morale.

Monsieur le Premier Ministre, vous avez la chance de savoir.

Reste à transformer cette chance en action.

 

 

Elhadj Macky LY

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