Même treillis, deux réalités : répression pour une artiste, ovation pour les soutiens du pouvoir

Cela fait plus d'une semaine que Zenab Chérif, une actrice du cinéma a été arrêtée à Kindia et placée en détention pour avoir porté la tenue militaire à l'occasion d'un tournage. Une scène de fiction transformée en une affaire pénale avec des connotations à couper le souffle. Un costume de cinéma assimilé à une infraction sévère. Voilà une réalité qui interroge profondément le sens de la justice et la cohérence de l’autorité de l’État.

 

Pourtant, dans le même espace public, des individus proches du pouvoir se promènent en tenue militaire, l’exhibent lors d’événements, s’en servent comme symbole d’influence ou d’allégeance politique, et reçoivent des applaudissements, des encouragements, des félicitations et parfois même une forme de légitimation tacite. Aucun interrogatoire, aucune interpellation, aucune indignation officielle.

 

En Guinée, tout semble donner l'impression qu'il y a une catégorie de Guinéens "bénis" et une autre "maudits". Une catégorie de Guinéens "protégés" et une autre "vulnérable". Une catégorie de Guinéens "tout permis" et "hors la loi", de l'autre, des Guinéens "assujettis" et "soumis à l'autorité de la loi". Une république à contresens avec une justice à double visage pour un peuple désormais catégorisé.

 

Cette situation met en lumière une question fondamentale : la loi est-elle un instrument de régulation collective ou un outil de sélection politique ? Lorsque la même tenue devient infraction pour une citoyenne et symbole de prestige pour d’autres, la justice cesse d’être un repère pour devenir un rapport de force et de domination sans règle.

 

L’emprisonnement d’une artiste pour un acte relevant de la création et de la représentation soulève aussi un débat plus large sur la liberté artistique. Le cinéma, par essence, reproduit des réalités sociales, politiques et militaires. Criminaliser l’interprétation d’un rôle revient à fragiliser la création elle-même, du moins pour ceux qui n'ont pas la carte de soutien du pouvoir.

 

Au-delà du cas individuel, c’est la perception d’équité qui est atteinte. Une société ne se fragilise pas seulement par l’injustice, mais par le sentiment d’injustice, de favoritisme et de népotisme. Lorsque les citoyens constatent que l’application de la loi dépend de la proximité avec le pouvoir, la confiance en l'autorité s'affaisse, le ressentiment s’installe et la crédibilité institutionnelle s'effondre.

 

Il ne s’agit pas de contester la nécessité de règles encadrant le port des attributs militaires. Il s’agit de demander la cohérence, l’impartialité et la proportionnalité. La loi doit protéger, non intimider ; réguler, non discriminer ; rassurer, non humilier.

 

L'autre question : dans quel pays une actrice peut-elle être privée de liberté pour un costume de tournage pendant que d’autres transforment la même tenue en accessoire d’influence sans être inquiétés ?

 

Une démocratie se mesure à sa capacité à protéger les plus vulnérables face à l’arbitraire, car lorsque la fiction devient un crime, la réalité, elle, devient profondément préoccupante.

 

 

Oumar Sylla, citoyen indigné.

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