Bouygues (France) quitte la Guinée : les dessous d’un retrait sur fond de tensions autour de la bauxite

Après des mois de spéculations, le groupe français cède sa place à l’acteur local IBS sur le site de Tinguilinta. En toile de fond, un conflit entre l’État guinéen et un opérateur émirati qui aurait laissé des dizaines de millions de dollars d’impayés.

Fin de partie pour Bouygues en Guinée, le premier pays producteur de bauxite. Opérant depuis 2019 comme sous-traitant de la mine de Tinguilinta, DTP Mining, la filiale du géant français, avait annoncé son départ du pays en octobre dernier. Après des mois d’incertitude, c’est finalement le Guinéen IBS qui lui succède. La société lui rachète sa flotte de plusieurs centaines d’engins miniers, à l’arrêt depuis novembre 2024. Le retrait de Bouygues avait entraîné de nombreuses spéculations. « Il y a eu beaucoup de fantasmes », abonde Patrice L’Huillier, directeur général de Nimba Mining Company, une société à capitaux publics créée en août 2025 par les autorités guinéennes pour reprendre la gestion du site.

Dans un premier temps, DTP Mining avait été présentée comme une victime de la renationalisation du secteur par l’Etat. « DTP Mining devait continuer à être le sous-traitant du site, dément pourtant Patrice L’Huillier. Dès septembre nous avions pris contact avec eux pour reconduire leur contrat. »

 

32 millions de tonnes de bauxite

Selon plusieurs acteurs proches de la filière, la société, qui ne s’est jamais expliquée publiquement sur les raisons de son départ, aurait en réalité pâti de la lutte engagée entre l’Etat guinéen et Guinea Alumina Corporation (GAC). Ce groupe émirati exploitait le site avant de se voir retirer son permis pour n’avoir pas respecté ses engagements, notamment la promesse de construire une raffinerie d’aluminium.

 

Forcé de quitter le pays, GAC aurait laissé des dizaines de millions de dollars de créances à son sous-traitant DTP Mining. Une situation inconfortable ayant contribué à la décision de Bouygues de tirer un trait sur Tinguilinta. D’où l’arrivée fin janvier du Guinéen IBS à la place de l’opérateur français. 32 millions de tonnes de bauxite devraient encore en être extraites ces cinq prochaines années.

 

challenges.fr

Le 4 mai 2026

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