Almamy Ibrahima Barry (AIB): "J'encourage le Président Alpha à poursuivre, la publication et la diffusion des résultats des audits…"

Après avoir vu sa candidature à l’élection présidentielle 2010 rejetée par la Cour suprême, Almamy Ibrahima Barry (AIB) sort enfin de son silence. Il évoque dans cet entretien ses perspectives politiques, fait le bilan à mi-parcours du Président de la République, Professeur Alpha Condé, diagnostique le mal qui ronge la Guinée, livre ses sentiments sur les résultats des audits, la corruption et l’impunité. Il préconise aussi quelques mesures de sortie de crise…

Que devenez-vous depuis le rejet de votre candidature à la présidentielle 2010 ?

AIB : J’avoue que le rejet de ma candidature a brisé mon élan. A l’époque quand j’avais rencontré le Général Sékouba Konaté, il était très surpris de savoir que le rejet de ma candidature n’était pas lié à la candidature indépendante comme on le lui avait fait comprendre. Je dois d’ailleurs rappeler cette boutade du Général Konaté qui m’a dit : « mais, vous n’êtes pas né au Japon ! Si vous êtes né à Beyla, à Macenta, à Nzérékoré ou à Mamou, c’est la Guinée. Donc il n’y a pas de raison qu’on vous empêche de vous présenter à l’élection ». Ainsi mes adversaires politiques ont-ils réussi à m’écarter du jeu politique. Ils ont réussi cet exploit. Certes, j’ai perdu une bataille mais, je n’ai pas perdu la guerre !

Cela fait plus de 100 jours que le Professeur Alpha Condé est aux affaires en qualité de Président de la République de Guinée. Pourriez-vous nous faire un bilan à mi-parcours de cette période du pouvoir du Professeur Alpha Condé ?

Le concept même de 100 jours dans l’état actuel de la Guinée me gêne énormément. N’oublions pas que pendant plus d’un demi-siècle d’existence, notre pays n’a véritablement pas été un Etat de droit. Exiger du Président élu un résultat en si peu de temps ne me paraît pas raisonnable. C’est pour cela qu’il convient de laisser au nouveau Président le temps de prendre ses marques et d’imprimer sa vision sur l’avenir de ce pays. Cependant, il lui revient d’envoyer des signaux beaucoup plus forts du changement que le peuple attend de lui. A savoir, renforcer l’unité nationale en rassemblant tous les Guinéens sans considération ethnique, religieuse ou régionale en privilégiant la compétence, la moralité et l’amour de la patrie dans le choix des hommes. C’est là le vrai défi à relever pour le Président Alpha Condé.

Notre pays traverse des difficultés tous azimuts. Quel est votre constat à vous ?

Tout a été dit sur la crise économique qui secoue notre pays depuis des années. Le constat est clair, cette crise est chronique chaque Guinéen en subit au quotidien les conséquences. Le Guinéen ne mange plus à sa faim ; ne peut plus se soigner ; il manque d’eau et d’électricité ; le pays manque cruellement d’infrastructures routières, ferroviaires et aériennes ; la jeunesse sans emploi est laissée pour compte; la rue est devenue son refuge et son cadre privilégié de vie. Ainsi la délinquance s’impose-t-elle avec tout son cortège de drame social. La principale cause de cette situation chaotique, c’est la corruption généralisée accompagnée du pillage systématique des deniers publics et, le tout dans une impunité totale.

Alors, face à ce constat fort amer, quelles sont les mesures d’urgence que vous auriez préconisées si vous aviez votre mot à dire ?

Plusieurs mesures peuvent et doivent être prises, notamment, la mise en place effective de la Cour des comptes ; la promulgation de lois anti-corruption plus contraignantes; la création d’une Haute autorité de lutte contre la corruption réellement indépendante. Il s’agit de mettre en place un système de gestion des finances publiques rigoureux avec le renforcement de l’orthodoxie financière et de la discipline budgétaire. Ce qui est important de comprendre c’est que toutes les mesures évoquées ne suffiront à elles seules à lutter efficacement contre ce fléau. Le succès de toute cette stratégie dépendra en grande partie de l’engagement ferme du Président de la République. Cependant, sans une volonté réelle des membres du Gouvernement et des hauts cadres de l’administration et des régies financières tous les efforts seront vains !

L’actualité brûlante à ce jour reste et demeure les audits de la gestion passée. Pourrions-nous connaître votre avis sur ce sujet d’importance ?

Dans le fonctionnement normal d’un Etat de droit, les audits tant internes qu’externes doivent être effectués de façon régulière. Cela ne doit pas être un évènement. Ce qui est très surprenant, c’est que les résultats des audits aujourd’hui publiés étaient disponibles bien avant le premier tour de l’élection présidentielle. Alors même que certains candidats étaient cités dans lesdits rapports. C’est pourquoi j'encourage le Président de la République à poursuivre la publication et à la diffusion des résultats des audits, bien que certains de ses proches collaborateurs soient cités. Il est temps de mettre fin à l’impunité dans ce pays! Pour ce faire, il faut une décision judiciaire juste, rapide, rigoureuse et efficace.

Au fait, peut-on savoir vos projets en ce moment ?

Je compte bien apporter une contribution positive à l’édification d’un Etat de droit, de paix et de progrès dans mon pays. Dans cette perspective, les prochaines élections législatives constitueront une étape importante pour la consolidation de la démocratie en Guinée. Notre pays a suffisamment souffert et aucun effort n’est de trop pour construire son bonheur.

Avez-vous un message à vos compatriotes pour conclure cet entretien ?

Je voudrais rappeler à mes compatriotes que sans l’union de toutes les filles et tous les fils de ce pays, aucun progrès économique et social n’est possible. Nous devons faire de notre diversité ethnique une source de richesse pour la paix et la concorde nationale. C’est pourquoi j’exhorte l’ensemble des Guinéens, toutes ethnies confondues à se donner la main dans un bel élan de fraternité, pour le bonheur de notre beau pays.

 

Source: Mediaguinee


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Commentaires: 2
  • #1

    GUILAVOGUI VAMALA (lundi, 02 mai 2011 15:35)

    Franchement c'est un article interssant et l'un des meilleurs de ce site.Je suis très attiré par l'intervention de ce politicien que je ne connais pas. Je voudrais avoir son mail si possible

  • #2

    Akoye Massa ZOUMANIGUI (lundi, 02 mai 2011 20:20)

    A la suite de Vamala Guilavogui, je suis très favorable à de telles réactions constructives. Voilà un politique non politicien. Il faut être opposant pour apporter une orientation au pouvoir; si ce pouvoir n'y adhère pas, on est libre de s'opposer à sa politique. Mais en Guinée comme ailleurs en Afrique, on est opposant pour être synonyme à l'ostraciste. Or, l'opposition est ce qui permet d'empêcher la dérive et propulse.
    Bravo à Almamy Ibrahima Barry. Ne soyons pas subjectif vis-à-vis de l'opposition ni vis-à-vis du pouvoir. Soyons durs avec le pouvoir s'il dérape et soyons indulgents envers lui s'il est sur la voie. Soyons critiques envers l'opposition si elle ne joue pas son rôle et ne soyons pas de simples thuriféraires pour chercher de la place auprès du dirigeant. Rappelons-nous, c'est ce qui a trompé le régime de feu Lansana Conté et lorsqu'il était dans l'abîme, c'est tout le peuple de Guinée qui en a souffert.
    En Guinée et pour tous les Guinéens, on pense que quand on critique objectivement un pouvoir, on en est contre. Non! C'est, il me semble la meilleure manière d'apporter sa pierre pour la construction de l'édifice.
    "Est plus aveugle celui qui refuse de voir"